Monday, August 4, 2008

LES CONTES D'HOFFMANN d'Offenbach


Esta producción del futuro director de la Ópera de Paris, que se estrenó en el Teatro Real en Diciembre 2006, a pesar de su gran belleza, fué recibida con alguna frialdad por el publico. La succesión de los varios numeros se hizo de forma bastante irregular, con momentos de espera penosa.
El dúo Squarciapino-Frigerio hicieron un bonito decorado y vestuario que evolucionó a lo largo del argumento. Un más para Frigerio y sus maquinas ingeniosas e interesantes esteticamente y un menos para Squarciapino que vistió a la diva Inva Mula con un vestido amarillo, color que para nada la favoreció.
Los pequeños roles, abundantes en esta obra, fueron defendidos con rigor y profesionalidad, lo que no se pudo decir del protagonista. El Hoffmann de Zwetan Michailov fue soso, sin poesia, sin dotes actorales y con poco relieve vocal. Por otro lado, Samuel Youn defendió con honor sus diferentes papeles maleficos, a pesar de que su dicción no fuese siempre la mejor. Pero las verdaderas estrellas de la velada fueron Désirée Rancatore que dió voz a una Olympia de un virtuosismo teatral y lirico sin igual. Memorable! E Inva Mula que fué una Antonia llena de sensibilidad, maestria vocal y corporal (hay que resaltar que estas artistas fueron tambien las protagonistas en Madrid). La Muse/Nicklausse de Karine Deshayes fue igualmente memorable, lo que no se pudo decir de la Giulieta de Kate Aldrich, que protagonizó un tercer acto veneciano bastante cursi y sin interés.
Excelente trabajo del coro titular dirigido por Patrick-Marie Aubert, y de la orquesta, dirigida por el maestro Yves Abel, aunque en el algun momento tuvo un sonido demasiado poderoso, sofocando alguna de las voces.


THÉÂTRE DU CAPITOLE - Toulouse
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Friday, June 13, 2008

LA DOLCE VITA TURCA... MÀ NON TROPPO


IL TURCO IN ITALIA de Gioacchino Rossini

30 de Marzo


La versión «dolce vita» de Tobias Richter tuvo todos los ingredientes para un resultado estupendo: una puesta en escena interesante, respaldada por la escenografia y vestuario excelentes de Gian Maurizio Fercioni, la dirección irreprochable de Maurizio Benini que tuvo su eco riguroso en la orquesta del Capitole, un coro del Capitole espléndido tanto vocalmente como a nivel teatral, y un equipo de cantantes maravillosos. Pero la magia no operó como se esperaba y esta opera buffa solo empezó a divertir y a sacar alguna reacción del publico a partir del segundo acto. Es dificil explicar por qué esta puesta en escena no tuvo la acogida merecida, pero no dejó de ser un momento lirico de gran calidad, belleza musical y estética teatral lograda: la de un balneario napolitano de los años 50.
Los cantantes exhibieron todos una gran maestría escénica: Pietro Spagnoli fue un Prosdocimo virtuoso, y aunque el papel del poeta no pida una gran exigencia vocal, el barítono hizo prueba de unas cualidades teatrales inmensas. Un equilibrio perfecto entre sus prestaciones vocales y teatrales se encontraron en las interpretaciones de Marco Vinco, un Selim exuberante y exótico, y de Brigitte Hool, una Zaida más sensual que enamorada. La Fiorilla de Inga Kalna estuvo divertida y dando colores interpretativos distintos a lo largo de la obra, pero su eficacia vocal fue puesta en juego por la dificultad de algunos agudos, que resultaron gritados. Para terminar hay que resaltar el buen hacer de Alberto Rinaldi, Lawrence Brownlee y Philippe Do.


THÉÂTRE DU CAPITOLE - Toulouse


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LE QUATTRO RUSTEGHE


I QUATTRO RUSTEGHI de Ermanno Wolf-Ferrari


4 de Marzo


Esta obra, poco vista en la escena lirica, resultó genialmente divertida en la puesta en escena de Grischa Asagaroff. El director se rodeó de un equipo de mucho talento, como Luigi Prezioso, especialista en la commedia dell'arte que firmó la coreografia: los cantantes se movieron con gracia y exhibieron un trabajo gestual de gran expresividad, y el grupo de figurantes/actores, vestidos de personajes de la commedia animaron estupendamente los intermezzos. Luigi Perego supo construir una escenografia simple y eficaz, omnipresente, que nos situó en Venecia desde la entrada en el teatro, que se movia para dar vida y crear los nuevos espacios donde se desarollaba la acción.
Pero esta «comedia de malas maneras» se basa sobretodo en la fuerza de su reparto, que encontró aqui su justa medida: su quarteto de bajos, todos excelentes, de donde sobresale Roberto Scandiuzzi experto Lucarno lleno de energia tanto vocal como expresiva, acompañado por el Maurizio de Paolo Rumetz, el Cancian de Giuseppe Scorsin y el Simon de Carlos Chausson, orgullo español de carrera internacional. De resaltar tambien la prestación elegante de los tenores Luigi Petroni como Filipeto y sobre todo el Conte Riccardo de Francesco Piccoli.
Pero el verdadero protagonismo fue el de las voces femeninas: Marta Moretto, una Margarita inolvidable y de extrema comicidad, acompañada por la estupenda Marina de Chiara Angella, con una voz rica y una prestación escénica extraordinária y por la joven Lucieta de la prometedora Diletta Rizzo-Marin. La Felice de Daniella Mazzucato estuvo correcta y muy bien la Serva de Nicole Fournié.
La orquesta del Capitole fue dirigida por la mano maestra de Daniele Callegari que supo hacer el puente entre el escenario y el foso de forma armoniosa, colaborando a una velada muy entretenida tanto para el publico operistico como para un publico menos «habitué».

THÉÂTRE DU CAPITOLE - Toulouse

Crédito fotográfico: Patrice Nin

Thursday, March 13, 2008

Le chaos entre le professionnel et l'amateur


Le spectacle «Chaos II» de la compagnie Ah Bond Danse et les évènements nommés «Pas de Danse?» organisés par la MJC Roguet/Saint-Cyprien à Toulouse nous posent devant une problématique contemporaine assez importante concernant la politique culturelle française actuelle: les différences entre la création amateur et professionnelle.
«Chaos II», création programmée les 11 et 12 mars 2008 à la salle de spectacle de la MJC Roguet en est bien un exemple. Une chorégraphie pour 5 danseuses, buvant d'un mélange de styles entre danse contemporaine, danse moderne, danse jazz, danse africaine, danses latines, contact-improvisation et autres, avec un décor ambitieux.
Sur scène, la première image est comme si on rentrait dans l'univers du film «Alien», suivie par un solo presque intéressant de la chorégraphe, mais l'action se déroule de façon décevante dans un enchaînement de métaphores au premier degré d'une réalité que la chorégraphie prétend aborder philosophiquement. Le résultat c'est du Nietzche pour les enfants, allégé de telle façon qu'il ne reste qu'une esthétique narrative et descriptive, qui nous laisse une image «jolie», mais aucune raison pour réfléchir.
Mais «Chaos II» n'est pas un mauvais spectacle. Si nous le considérons comme un spectacle amateur, ou au mieux pré-professionnel. Mais après avoir payé 11€ pour voir un spectacle que nous attendons professionnel, nous pouvons que conclure qu'il y a un vrai problème de présentation.
Est-ce que le problème vient de la compagnie qui, peut-être, se présente comme professionnelle, ou provient-t'il plutôt des programmateurs qui proposent des spectacles prétendus professionnels, sans vraiment l'être, pour des raisons peut-être économiques? Ou sera que les programmateurs proposent des spectacles sans connaître les compagnies?
En l'occurrence cela n'était pas le cas, puisqu'il paraît que la compagnie avait déjà été programmée dans cette salle.
«Chaos II» est une création jeune, voir même puérile, qui joue entre l'expression corporelle et une esthétique moderne des années 70 du siècle passé, qui essaye de survivre avec des recours “à la mode” comme les danseuses dansant les seins nus. Ça bouge, ça gigote, ça bavarde (au niveau mouvement) mais il faut bien avouer que pour un groupe amateur il y a de la qualité de mouvement et d'interprétation de la part des danseuses.
Parce que la question est là: pour un spectacle amateur c'était pas mal; 5 danseuses qui ont de la fibre, qui apportent de l'énergie sur scène, un décor important, des lumières... mais si nous regardons la même chose d'un point de vue professionnel, tout change: la démarche chorégraphique est amateur, le niveau interprétatif est limite pré-professionnel, le décor qu'au premier abord pourrait paraître intéressant par l'ouverture de l'imagination que ça pourrait reveiller chez le public, se réduit au symbol de «la société et le système dans lequel les danseurs évoluent de façon mécanique» comme dit le programme, et les ambitions de la chorégraphe de trouver «un nouveau mode de fonctionnement qui passe par des pertes de contrôle» nous parraissent trop déterminantes du point de vue du public, et pas du tout aboutissant à ses fins. Trop d'explications, de descriptions tuent «Chaos II», même malgré quelques moments réussits qui n'arrivent pas à relever le niveau.
Mais le public a bien réagit: une ovation style «gala de fin d'année», et que comme dans le cas de ces galas, la salle de spectacle, d'habitude rarement pleine, contait environ quatre-vingts personnes. Cela explique peut-être cette programmation: l'objectif est-il de remplir les salles... au détriment de la qualité et du professionnalisme des spectacles?
La politique culturelle actuelle oblige: l'extinction des DRACs; encore moins d'argent pour la culture qui passe a être qu'un département du Ministère de la Jeunesse et des Sports ou du Ministère de l'Education Nationale; l'extinction progréssive de l'intermittence du spectacle et des petites et moyennes compagnies professionnelles... il paraît que la fossée se creuse entre les Grands Théâtres et Compagnies et les alternatives, qui peu à peu se voient obligées à adopter des statuts amateurs.
La France qui était en avance et servait d'exemple à d'autres pays pour le développement de systèmes de soutien à la culture, au spectacle vivant et à la création artistique, revient sur ces pas et s'éffondre dans la Pré-Histoire.
En espérant que le futur nous apportera une nouvelle Rennaissance!



La programmation «Pas de Danse?» propose d'autres spectacles jusqu'à fin mars 2008, quelques uns, nous savons, de compagnies confirmés et jeunes créateurs professionnels à découvrir.


Friday, February 22, 2008

«LA GENERALA» D'EMILIO SAGI: UNE "REINE DE LA NUIT" ESPAGNOLE


La zarzuela est pour l'Espagne ce que l'opérette est pour la France. Et si les grandes maisons d'opéra trouvent le genre mineur en comparaison au «grand opéra», c'est un genre à part entière, plus populaire, plus léger, et qui peut être une bonne initiation à ceux qui sont un peux réticents au grand art lyrique. Si l'opérette a atteint un statut international, la zarzuela reste, pour le moment, très Espagnole, avec peu d'incursions au delà des Pyrénées.
En allant, le 15 février 2008, assister à la première d'une nouvelle production de «La Generala» d'Amadeo Vives (grand compositeur Espagnol, qui mérite la reconnaissance internationale), nous nous sommes trouvés devant l'évidence que ce moment de «l'internationalisation» de la zarzuela n'est pas loin.
Emilio Sagi, metteur en scène Espagnol (avec une carrière internationale bien reconnue par le millieu lyrique, et actuellement le directeur artistique du Teatro Arriaga de Bilbao), s'est démontré non seulement un spécialiste du genre, mais un génie de créativité au meilleur de sa forme.
L'attente était énorme sur ce retour du créateur au Teatro de la Zarzuela de Madrid, maison qu'il a dirigé pendant dix ans, et le succès ne s'est pas fait attendre.
«La Generala» est per se une composition musicale de grande beauté, mais le libretto de Guillermo Perrín et de Miguel de Palacios, malgré une qualité littéraire assurée, peut laisser place à une mise en scène sans grand relief. Emilio Sagi a su en tirer un hymne à la vie et à l'Amour!
Le metteur en scène est aussi l'adaptateur de l'oeuvre, en rajoutant des textes qui donnent à «La Generala» de la fluidité et de la contemporaineité (chose qui manque presque toujours aux mises en scène des opérettes données en France, qui sont souvent le “cadeau de Noël pour les grands-mères” qui nous font les Grands Théâtres Lyriques).
«La Generala» d'Emilio Sagi est brillante (dans tous les senses du mot), généreuse, sensible, joyeuse et amusante, dans une action qui développe en totale harmonie texte parlé, chant, musique et numéros dansés.
Daniel Bianco, complice absolu de Sagi, crée une scénographie magique bien mise en évidence par les lumières d'Eduardo Bravo. De l'intérieur blanc du palais d'une monarchie décadente et en exile du premier acte, au carroussel et jardin du second, tout est pensé pour envelopper cette «Générale» du plus merveilleux “papier cadeau”. L'habillement est complété par les costumes de Jesús Ruiz, qui pourraient parfois paraître presque excessifs, mais qui sont tottalement en accord avec la mise en scène d'une génialité déjantée de Sagi.
Tirons aussi notre chapeau à Nuria Castejón, qui a chorégraphié avec brio son équipe hétérogène de danseurs-figurants, et qui fait aussi danser choeur et solistes avec élégance et naturel.
Dans le rôle titre de cette zarzuela nous avons vue une Carmen González taillée sur mesure pour incarner Berta de Tocateca. Et même si parfois elle paraissait éssouflée dans certains moments chantés, elle a assuré avec rigueur et expressivité, tant vocalement que dramatiquement. A ses côtés Ismael Jordi, en tant que Prince Pío, apporte la lumière et la beauté à laquelle il nous a habitué, parfaitement équilibré à son chant extraordinaire, qui nous dit qu'il est un des plus grands ténors de sa génération, et que nous souhaitons voir et écouter dans les plus grandes scènes internationales. Sonia de Munck, la Princesse Olga, illumine l'acte II, avec sa présence gracieuse, et même si ses aigües paraissent parfois un peu stridents, sont interprétation est divine. Divine est aussi sans doute l'adjectif adéquate pour parler de la prestation d'Itxaro Mentxaka, qui est une Reine Eva débordante d'humour et d'énergie, et qui en plus d'un travail d'acteur excellent est une chanteuse magnifique. Très bien aussi les Rois de Luis Álvarez (Cirilo II) et de Miguel López Galindo (Clodomiro V), d'une grande dignité et d'un grand comique, aussi bien que le Géneral Tocateca de David Rubiera, excellent en mari amoureux et naïf, capable de tout pardonner à son épouse manipulatrice d'hommes, si bien illustré dans la chanson de l'arlequin. Il faut aussi saluer Enrique Viana dans le rôle de Dagoberto et Richard Collins-Moore dans le rôle parlé de Guanajato, tous deux très drôles, même si parfois Viana n'était pas facile à entendre, surtout dans ses commentaires géniaux du premier acte.
Le choeur du Teatro de la Zarzuela a aussi interprété avec grand rigueur les quelques petits rôles qui demande l'oeuvre, et crée des moments chorales de grande expressivité dramatique et beauté vocale.
L'orchestre de la communauté de Madrid, titulaire du Teatro de la Zarzuela dirigé par José Fabra, nous a offert la délicieuse musique d'Amadeo Vives, sans enlever le protagonisme à ce qui se passait sur scène, dans un accompagnement permanent et complice, jusqu'à l'explosion finale qui laisse à n'importe quel néophyte ou expert l'envie de revenir.
Ne vous inquiétez pas si Madrid vous semble un peu loin, puisque «La Generala» sera sur scène au Théâtre du Châtelet de Paris à partir du 27 mai 2008.
A ne pas manquer!

«La Generala»
Du 15/02 au 16/03
Teatro de la Zarzuela, Madrid

LA COPA DEL AMOR Y DE LA MUERTE


(Versión reducida de la critica anterior sobre la función del 4 de Febrero 2008 de la ópera «Tristan und Isolde» de Richard Wagner, en el Teatro Real de Madrid)


Para esta historia de amor universal el director Lluís Pasqual eligió situar cada acto en una época diferente: el primer acto en el siglo XIII, época de origen del mito que dió nacimiento a esta ópera; el segundo en el siglo XIX, cuando escribió Wagner la ópera; y el tercero discurría en lo que podría ser un hospital moderno, del siglo XX. Estas evoluciones cronologicas contribuieron a ensalzar la intemporalidad de la obra.
Para esto el director colaboró con dos artistas bien conocidos de la escena lirica: Ezio Frigerio y Franca Squarciapino. Pero si la escenografia de Frigerio daba coerencia a la obra, a la vez que dejaba espacio a la imaginación, los figurines de Squarciapino quedaron solamente como complementarios al trabajo del escenografo.
La orquesta titular mostró su profesionalidad, pero la dirección de Jesús López Cobos le sacó algunas veces un volumen demasiado fuerte, haciendo dificultosa la audición de los cantantes.
Jeanne-Michèle Charbonnet fue una Isolde generosa, totalmente entregada a su personaje y con gran vigor vocal. A su lado brilló el Tristan de Robert Dean Smith, de una gran sensibilidad interpretativa. Alan Titus fue un Kurwenal sin ambigüedades y con una fuerza vocal capaz de sobrepasar el volumen a menudo demasiado fuerte de la orquesta. La Brangäne de Mihoko Fujimura, a pesar de su maravillosa interpretación vocal, decepcionó por su teatralidad algo anticuada y nada adaptada a esta puesta en escena contemporánea.
El bajo aléman René Pape fue un Rey Marke de gran nivel, extraordinario en la belleza de su canto y en la nobleza de su expresividad, así como Alejandro Marco-Buhrmester que se impuso por su presencia en el rol de Melot, dejando el interés de verlo y oirlo en papeles protagonistas. Ángel Rodríguez y David Rubiera, unicas voces españolas de esta producción, a pesar de su aparición breve, cantaron con temperamento y personalidad.
Teatro Real de Madrid

Thursday, February 21, 2008

LA COUPE DE L'AMOUR ET DE LA MORT



«Tristan und Isolde», la septième et sûrement la plus célèbre des opéras de Richard Wagner, est revenue à la scène du Teatro Real de Madrid pour cette saison 2007-2008, pour dix représentations d'exception, sous la direction théâtrale du catalan Lluís Pasqual.
Pour cette histoire d'amour universelle, Lluís Pasqual a choisit de situer temporalement chaque acte dans une époque différente. Le premier acte, à bord du bateau, se situait au XIIIème siècle, époque de l'origine du mythe qui a donné naissance à cet opéra; le deuxième acte, dans le jardin, au XIXème siècle, quand le compositeur a écrit l'opéra; et le troisième et dernier acte, dans ce que pourrait être un hôpital du XXème siècle. Ces évolutions chronologiques contribuèrent à l'intemporalité de l'oeuvre.
Pour cela le metteur en scène a demandé la collaboration de deux artistes bien connus de la scène lyrique: Ezio Frigerio et Franca Squarciapino. Mais si l'astucieuse scénographie de Frigerio était magnifique et donnait autant de cohérence comme d'espace à l'imagination de l'oeuvre, les costumes de Squarciapino n'étaient que complémentaires au travail du scénographe, sans démontrer une grande inventivité. Surtout dans l'acte «moderne» où les «fringues» entre militaire, hospitalier, et excéssivement informel (Isolde avait l'air d'avoir oubliée de mettre son costume et de venir sur scène en survêtement, comme si c'était pour une répétition), contrastèrent avec la puissance scénographique, théâtrale et musicale.
Cette puissance musicale, emblème de l'écriture wagnérienne, était évidemment à l'honneur avec l'interprétation de l'orchestre titulaire du Teatro Real, capable de transmettre, sans défaut, la beauté de cette musique. Malheureusement la direction de Jesús López Cobos sur cette partition n'a pas été toujours la plus appropriée, la conduisant quelques fois trop lentement et souvent avec un tel volume sonore que le public se demandait si les chanteurs étaient des acteurs d'un film muet. Si Wagner a proposé une musicalité pleine de contrastes, à López Cobos, si précieux dans d'autres registres, lui a manqué, cette fois, la subtilité de les restituer en finesse à une oreille sensible et connaisseuse.
Jeanne-Michèle Charbonnet a été une Isolde généreuse, engagée dès le début de l'oeuvre à son personage tourmenté, l'accompagnant avec grande vigueur vocale dans ce parcours initiatique d'amour et de mort. A ses côtés brillait le Tristan de Robert Dean Smith, d'une grande sensibilité interprétative et santé vocale. Alan Titus était un Kurwenal sans ambigüités, juste et avec une force vocale capable de surmonter le trop fort volume de l'orchestre. La tonicité contrastante de ses interventions pendant l'Acte I ont donné place a une richesse plus robuste dans le IIIème. Brangäne, chanté par la mezzosoprano japonaise Mihoko Fujimura, malgré sa superbe interprétation vocale a déçu dans son apport théâtrale, pas très convaincant. Sa gestuelle déclamatoire: les bras ouverts en croix et son rapport presque toujours trop frontal, parlaient d'une attitude théatrale un peu démodé et peu adéquate a cette mise en scène contemporaine.
La basse allemande René Pape a été un Roi Marke d'un grand raffinement vocale et interprétatif, extraordinaire dans la beauté de son chant et dans la noblesse de l'expression de ses sentiments, face à la trahison d'abord et à la compréhension en suite, de son bien-aimé neveu, Tristan. Alejandro Marco-Buhrmester s'imposait par sa présence digne, même dans le petit rôle de Melot, et donnait envie de le voir et entendre dans des rôles plus protagonistes. Ángel Rodríguez et David Rubiera étaient les uniques voix espagnoles de cette production, dans les rôles mineurs de berger et de timonier, rôles joués et chantés avec justesse et engagement, malgré son caractère bref.
Entouré d'une telle équipe, la mise en scène de Lluís Pasqual ne pouvaient être plus riche encore, et les presque 5 heures de cette oeuvre, si elles ne se passaient pas plus vite, au moins étaient appréciés à juste titre, même par un public néophyte. Pasqual nous a laissé sa vision de cette grande oeuvre du répertoire, qu'au-delà de personnelle, passionnelle, Allemande ou Européenne, restait universelle et accessible, par les valeurs qu'elle véhicule: l'Amour, le Eros grec de la Création, et la Mort, passage vers l'inconnu, étape de la sagesse Boudhiste, qu' intéressait tant Wagner.


Teatro Real de Madrid